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Mot de passe perdu ?

  

Lac Gjuvsjaen

Toujours le vent d'ouest. Et aujourd'hui, il est parfaitement établit.

Nous avons atteint la bordure sud du plateau proprement dit ; au-delà, le relief se fait plus complexe et donc moins propice au kite. N'allons pas tenter le diable et nous fourvoyer dans ce qui ressemble fort à un piège : se faire « encalminer » au creux d'une combe et devoir tracter les pulkas à la force du jarret alors que le vent balaie le plateau serait la pire des
punitions.
Alors, cap à l'ouest et vent arrière toute !

Là-bas, à l'extrémité du lac Gjuvsjåen, des silhouettes : rencontre trop improbable en ces lieux infiniment glacés pour l'éviter. Cinq Norvégiens, arrivés là à ski, pêchent à la dandinette dans des trous pratiqués dans l' épaisseur de la glace. Une paire d'heures qu'ils sont là, debout, à discuter le coup et à espérer la prise de quelques ombles chevaliers. Mais à voir le font des musettes, il semblerait que l'ichtyofaune ne soit pas en bouche ce matin et nos pêcheurs, par la même, pas vraiment à la noce.
Après avoir pris soin de mettre nos voiles à la verticale, nous échangeons quelques mots.

- Aaah, Fransk ?! Annonce l'un d'eux, tandis qu'un autre regarde
avec inquiétude Thierry s'approcher un peu trop prés de son trou.

C'est sûr, les amis, pensais-je à cet instant, vous pouvez ranger vos gaules : avec les précautions qu'on a pris pour vous approcher, le poisson n'est pas prêt de pointer le bout d'une écaille !

Dans un élan unanime de sincère compassion, nous décidons de ne pas déranger plus longtemps, agitons les bras en signe amical d'au revoir, et faisons plonger nos voiles dans la fenêtre de vol. Pas peu fiers, nous mettons un point d'honneur à disparaître aussi vite que nous étions arrivés. Sont vraiment givrés, ces Gaulois ! ont dû penser nos cinq lascars.



 

Lac Kallungsjåen, altitude 1250 m.

Sous un ciel toujours gris, le vent s'oriente progressivement au nord-nord-ouest, signe que la dépression s'échappe doucement à notre nord-est. Il souffle un bon 30 km/h minimum, avec des pointes à 40. Les 6 m font parfaitement l'affaire : plus vives que les 10, on se régale à piloter ces engins à la fois rapides, précis et nerveux. Séries de loops, alternance de bords courts et de virages dérapés pour maintenir une opposition - et donc une traction - constante à la voile sur les tronçons en vent arrière. Ça file. Derrière nous, les pulkas partent au dérapage à chaque sortie de courbe et dessinent des trajectoires sinusoïdales.

De temps à autre, je m'arrête, descends la voile en bord de fenêtre, la freine totalement en récupérant une brassée de lignes arrière que je mousquetonne aussi sec sur mon baudrier. Les copains me rejoignent, les voiles à la verticale de leur tête. Un bref regard sur la carte m'invite à anticiper la suite sans trop attendre :

- il faut éviter de se faire emmener trop à l'est !

- Baah, justement, pour une fois qu'on n'est pas à l'ouest.

- Non, mais blague à part, faut plus qu'on perde de nord !

- Ouais, ben si tu veux mon avis, celui-là, ça fait un petit moment
qu'on l'a paumé.


Ouais, d'accord. autant que j'en parle à mes pulkas. Les potes ont l'air de s'en contre foutre éperdument. Nous pourrions bien aller en Enfer que ça leur serait égal, pourvu qu'il y ait du vent chemin faisant !



Rivières Djupa et Lågen


Le plaisir du kiteur itinérant vient aussi d'une navigation qui se fait à vue, et où les seules contraintes sont celles dictées par le relief et l' action du vent en son sein : vents laminaires ou turbulents, effets d'abri ou venturi. Chaque butte, chaque collu, chaque obstacle est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur le maniement des voiles et la gestion d'un itinéraire avec ces engins diaboliques.

Nous progressons maintenant dans un dédale de petites combes et de lacs grossièrement orientés est-ouest. Si bien que nous venons régulièrement butter sur des pentes un peu plus fortes.
Hier déjà, nous avons été contraints, à une ou deux reprises, d'abdiquer et de contourner l'obstacle en perdant du terrain au vent. Une fois nous sommes passés. Un peu en force, il faut bien l'avouer. Résultat : Cornelius et Francis se sont vite retrouvés dans des pentes un peu trop soutenues, pas tout à fait à leur avantage.

Fort de ce constat et voyant que le schéma du jour (en terme de vent et de relief) s'annonce sensiblement le même que celui de la veille, nous mettons sur pied une stratégie d'attaque imparable, que nous appliquons sur le champ et que nous vous recommandons largement dans des circonstances analogues.

Voici ce qu'il en est :

Petit 1 : Ne pas craindre l'ennemi et attaquer l'obstacle de front.

Petit 2 : Jamais très élevé - entre 100 et 200 mètres de dénivelé -, celui-ci vous donnera néanmoins du fil à retordre : il vous faudra mouiller la chemise et faire preuve d'un sens aiguisé de la diplomatie pour convaincre vos pulkas que la sortie se trouve vers le haut et non pas en bas de la pente.

Petit 3 : Des loops rageurs parfois accompagnés d'une valse de noms d' oiseaux bien sentis vous sortiront des pentes les plus raides tandis que des séries régulières de ces mêmes loopings vous permettront de vous affranchir confortablement - un peu comme sur un tire-fesse - des pentes moins soutenues.

Mais voilà, grimper sur les hauteurs n'est pas tout. Il faut encore en redescendre. Voici, pour ce faire, la suite de nos - toujours très modestes - recommandations :

Petit 4 : même si vous êtes très sûr de vos qualités de kiteur, il est préférable de garder une main sur la barre pour contrôler la voile,

Petit 5 : avec l'autre, prenez quelques anneaux de corde, et tenter de maîtriser - avec sang froid et tant bien que mal - la course chaotique des pulkas qui s'agitent derrière vous. (Nota bene : c'est parfois un peu rock'n roll mais ça devrait passer...)

Petit 6 : la descente se fait vent dans les moustaches (c'est-à-dire face au vent), merci de garder la voile sous tension et placée en bord de fenêtre.

Petit 7 : ajouter à cela quelques rochers pointant ça et là, des congères, des petites corniches et des ruptures de pentes, et vous saurez pourquoi votre chemise n'est toujours pas sèche une fois arrivée en bas de la pente.

Petit 8 : Ne vous en formaliser pas pour autant. Et, surtout, n'en changez pas (de chemise) : vous voilà déjà au pied de la montée suivante. et il va encore falloir mouiller le maillot !

Mais aujourd'hui, on s'était promis de ne plus rien lâcher pour ne pas se retrouver dans les tréfonds de la vallée de la Numedalslågen, à notre nord-est. Or, ce soir, non seulement nous ne sommes pas dans le trou mais nous venons en plus de vivre une journée fabuleuse, au-delà de toutes nos espérances. Du lac Eidsjøen au lac Skjerjavatnet (distants d'environ 30 km), nous avons maintenu un cap nord avec un vent orienté ouest-nord-ouest. Mais au-delà de ce détail de navigation, nous avons surtout goûté au plaisir des
grimpettes et avons réalisé que le tandem kite-pulkas pouvaient avaler bien des montagnes (Oh, bien sûr, pas hautes, les montagnes.). Prendre un peu d' altitude fut, à chaque fois, l'occasion de regards émerveillés sur les horizons infinis du Hardanger. En ces instants, chacun de nous s'est demandé comment il appréhenderait désormais les espaces confinés sur lesquels on avait pris l'habitude de kiter dans les Alpes. et comment il pourrait encore tracter une pulka sans s'accrocher à une voile, tant il est évident que cette pratique de l'itinérance est source d'un plaisir incomparable.

Précisons tout de même que, concernant cette dernière interrogation, la réponse est arrivée sans tarder. Le lendemain, nous fîmes les 10 kilomètres qui nous séparaient du fourgon en tractant les pulkas à la force des jarrets : un vent de nord-ouest atteignant les 60 km/h nous soufflait en pleine poire. Inutile de préciser que les 10 kilo de matos dévolu au kite avait
repris leur place au fond des valises et que nous avions devant nous quelques heures pour cogiter des limites de cette pratique.

Michael Charavin, côte est du Spitzberg, octobre 2007.




 

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